Journal de bord – Avec Clément à Larnaca

Ah le retour des joutes européennes…ses matchs à enjeux, ses ambiances particulières, ses équipes prestigieuses mais surtout, ses déplacements. Depuis la saison 2018-2019, les supporters rennais ont le plaisir de pouvoir y goûter chaque année. Tout le monde se souvient des vagues rouges et noires déferlant sur Séville ou bien Londres. Ces moments de communion et de partage sont rares, uniques, à savourer pleinement. Mais outre ces destinations prisées face à des adversaires alléchants dans des villes touristiques et accessibles, il y a des déplacements qui attirent moins de supporters et ce, dû à des facteurs divers et variés (prix, date, nécessité d’avoir un passeport, adversaire moins attrayant…). Larnaca en fait partie. Marqué par mon premier déplacement européen à Séville en février 2019, j’ai décidé de suivre le Stade Rennais autant que possible dans ses périples à l’étranger. Bilan : 8 déplacements sur 9 possibles, le match à Rosenborg tombant en même temps que des vacances planifiées de longue date. Cap sur le 9ème, direction Chypre

Mercredi 07/09/22, 18h : Début du voyage Paris – Budapest – Larnaca  

Il est 18h, je quitte mon bureau de région parisienne pour me diriger à l’aéroport d’Orly. L’excitation est présente, elle me ferait presque oublier la nuit compliquée qui s’annonce. En effet, le vol le plus adapté à mon emploi du temps et à mon portefeuille comporte une escale d’environ 7h à Budapest, de nuit donc. Pas de quoi m’effrayer. À mon arrivée à Orly, les premiers problèmes surviennent. Les écrans indiquent « Embarquement clos » concernant mon vol Paris-Budapest, alors qu’il n’est prévu que dans 1h45. Une véritable énigme s’offre à moi et je dois m’employer à trouver mon chemin vers ce vol mystère sans le moindre indice. Après avoir demandé des indications à de multiples personnes, je me retrouve finalement en porte E12, censé être au bon endroit. Mais l’écran s’allume et annonce “Palma” comme destination. Agitation des quelques passagers pour Budapest qui se trouvent autour de moi. S’ensuivent de longues minutes d’incompréhension et d’interrogations et une information nous vient enfin aux oreilles, le vol aurait 2h de retard.

Plus qu’à attendre donc, mais soulagé de se trouver au bon endroit. Je peux regarder tranquillement Tottenham-Marseille sur mon téléphone, ce retard de vol étant en réalité une aubaine pour l’amateur de football que je suis. L’embarquement se fait donc aux alentours de 22h30, c’est parti pour l’expédition ! Arrivé à presque 1h du matin en Hongrie dans un aéroport paisible, car désert, je trouve une rangée de sièges pour y poser bagages. Un peu plus de 5h à attendre, parce qu’il faut être honnête, dormir va s’avérer compliqué. Après m’être occupé du mieux que je pouvais, c’est l’heure d’embarquer pour Chypre, avec une arrivée prévue à 10h, heure locale. 

Légende photo : Douce nuit d’attente lors de l’escale à l’aéroport de Budapest 

Jeudi 08/09/22, 10h : Larnaca me voilà

Premier aperçu de Larnaca, sur le front de mer, à la descente du bus

Après avoir bien atterri en terre chypriote, je dois désormais me rendre dans le centre de Larnaca pour déposer mes affaires dans mon Airbnb après ce long voyage.

Ayant une petite heure de battement avant cela, je décide de flâner dans le petit centre-ville afin de voir les principales attractions touristiques. Le tour est vite fait et je peux rejoindre mon logement d’un soir. Je repars directement pour trouver un petit établissement où me restaurer. 

Légende photo : Premier aperçu de Larnaca, sur le front de mer, à la descente du bus  

Un tzatzíki et une salade composée plus tard, 14h en France approchant, je décide de retourner à 10 minutes de là, dans mon Airbnb, pour être à l’affût des places réservées aux abonnés pour la rencontre du jeudi suivant face à Fenerbahçe et en prendre pour quelques amis. On ne perd pas le nord, quoi qu’il arrive, où que l’on se trouve. Mon devoir accompli, direction la plage Finikoudes où l’idée de se baigner dans une mer bien chaude après avoir passé l’été entier dans un bureau à Paris, nouveau travail oblige, ne me déplaît guère. Elle est là, la Dolce Vita chypriote.  

Légende photo : L’église Saint Lazare, spot pour mon déjeuner du jeudi midi

Après deux bonnes heures à me prélasser au soleil, il est temps pour moi de plier serviette et de préparer mon pèlerinage vers l’AEK Arena. Nouveau passage au Airbnb pour enfiler ma tunique de la saison dernière avec le flocage « Kamaldeen, 18 » (erreur de débutant de ne pas avoir attendu que les numéros soient figés) et me voilà fin prêt pour me rendre au stade. Maillot sur le dos dans les rues, le chemin pour se rendre au stade permet cette montée en température, ce sentiment d’excitation grandissant, les différents scenarii défilant en tête et espérant évidemment un dénouement heureux. Petit stade oblige, ce n’est qu’au dernier moment qu’il se laisse entrevoir, essentiellement grâce à ses spots. 

Légende photo : La plage Finikoudes, dans le centre-ville de Larnaca, et ses transats gratuits.

Jeudi 08/09/22, 18h35 : Arrivée devant l’AEK Arena et prise de température

18h35 heure locale, soit 1h10 avant le début de la rencontre. Les abords du stade sont quasiment déserts. On est loin de se douter que dans seulement quelques instants, un match d’Europa League aura lieu ici-même. J’arrive sur un parking presque vide, avec seulement quelques personnes arborant le maillot jaune et vert de leur équipe fanion. Je suis au bon endroit. Direction désormais la zone Nord du stade afin d’accéder au parcage visiteurs. Je reste vigilant et en alerte tout de même, étant seul et ne connaissant pas véritablement l’accueil qui peut être réservé par les locaux. J’aperçois au loin deux supporters de l’AEK, vêtu d’un tee-shirt noir d’un groupe ultra, lunettes de soleil et écharpe en satin autour du cou. Je décide de les contourner quelque peu afin d’éviter toute altercation. Mais un maillot rouge vif sur un parking vide, ce n’est pas ce qui se fait de plus discret. Les deux hommes m’interpellent en grec avec un ton qui me laisse penser que je ne suis pas le bienvenu ici. Afin de bien se faire comprendre, l’un d’eux décide d’user de la langue de Shakespeare pour me glisser ces quelques mots doux « Fuck France and Fuck you ». Merci pour l’accueil messieurs, et enchanté de faire votre connaissance également !  

Légende photo : Le parking avec le stade en arrière-plan.

C’est donc avec encore plus de vigilance que je cherche mon chemin vers le parcage, souhaitant éviter une déconvenue plus importante que le doux échange précédent. Apercevant trois jeunes déboulant sur le parking, eux aussi avec un tee-shirt noir du groupe ultra de l’AEK, je décide de briser la glace d’entrée lorsqu’ils me repèrent et leur demande s’ils peuvent m’indiquer le chemin à emprunter. Ils me disent alors de les suivre et je me retrouve donc intégré à ce petit trio qui s’avance vers le stade. Je leur demande s’ils ont prévu de faire le déplacement à Rennes, ils me répondent qu’ils aimeraient bien, mais que ça va s’avérer délicat, mais qu’ils ont prévu de se rendre à Cracovie la semaine suivante pour le match face à Kiev. Après leur avoir vanté les charmes de notre belle capitale bretonne, les invitant chaudement à venir, nos chemins se séparent dans la bonne humeur et nous décidons de garder un petit souvenir en prenant quelques photos.  

C’est pour ça aussi qu’on fait ce genre de déplacements ! Des rencontres avec des locaux animés par la même passion pour le football et pour leur équipe, des moments de partage et de convivialité en toute simplicité. Me voilà désormais à l’entrée du parcage, le moment fatidique de l’entrée dans le stade étant imminent. Mais avant cela, un groupe de vacanciers Lavallois m’interpelle et me questionne quant à l’accession au parcage visiteurs, eux qui n’ont pas de billets. Je leur expose la difficulté certaine qui s’annonce, étant donné les conditions assez strictes ici pour pouvoir regarder le match en tant qu’étranger, mais leur conseille d’aller voir deux employés du club croisés précédemment au niveau de la billetterie visiteurs. Je leur souhaite bonne chance et j’entre enfin dans le stade.  

Légende photo : L’amitié franco-chypriote aux abords du stade 

Jeudi 08/09/22, 18h49 : Entrée dans le stade et avant-match

Tout amateur de groundhopping (ndlr : Comprenez la passion de visiter des stades à travers le monde) connaît ce sentiment de bonheur, presque indescriptible, qu’est celui de gravir les quelques marches qui permettent d’accéder aux tribunes et découvrir le stade dans sa globalité. 

Cette émotion est bien présente même pour un petit stade comme celui de l’AEK Larnaca et ses 8000 places. Avec 3/4 des tribunes non couvertes, nous avons là une véritable entrave au style méditerranéen, qui nous permet aussi d’observer la nature environnante. 

Légende photo :  Le moment fatidique des dernières marches à gravir avant la découverte du stade.

           Le soleil se couche sur l’AEK Arena

Arrivé très tôt dans le parcage, je prends plaisir à observer le décor autour de moi et aperçois automatiquement messieurs Delanoë et Cloarec, venus échanger avec les quelques supporters déjà installés. Une proximité très appréciable ! 

De même lors de l’arrivée des gardiens, Romain Salin échangeant quelques mots et remerciant notre présence, une pensée toujours agréable lorsqu’on est un supporter investi et passionné. Place à l’échauffement des joueurs sous les yeux de la cinquantaine de supporters rennais présents dans la tribune visiteurs, aux premières loges.  

Je tourne la tête et j’aperçois le groupe de Lavallois qui a pu obtenir les précieux sésames leur permettant d’assister à cette première journée d’Europa League. Les joueurs entrent sur la pelouse, dans une chaude ambiance, les fans de l’AEK Larnaca embrasant leur tribune à l’aide de fumigènes. Place au match !  

Légende photo : Un parcage au plus près des joueurs pour l’échauffement  

Jeudi 08/09/22, 19h45 : Le match 

19h45 à Larnaca, l’arbitre géorgien siffle le coup d’envoi. Les Rouge et Noir vont donc attaquer sur les cages derrière lesquelles nous nous trouvons. Une 1ère mi-temps avec quelques grosses occasions, dont une belle frappe pied gauche d’un Kamaldeen Sulemana plutôt remuant tout au long de la rencontre, détournée en corner par le portier de l’AEK, et un poteau d’Arthur Theate à la suite d’un coup de pied de coin dévié du dos par Hamari Traoré vers le second poteau. C’est ce même Arthur Theate qu’on retrouve à la 29ème minute pour l’ouverture du score du SRFC.  Pas attaqué et avec un peu d’espace devant lui, le défenseur belge décide de tenter sa chance de loin et décoche une frappe imparable qui, après un rebond, heurte le montant gauche de Kenan Piric avant de terminer sa course au fond des filets.

Dans le parcage, c’est l’exultation. Le voilà le premier but européen de la saison, inscrit par notre recrue qui prend confiance au fil des matchs. De quoi mettre l’équipe sur de bons rails pour la suite du match et amener d’autres buts ? Il n’en est rien. À peine 4 minutes plus tard, les locaux parviennent à égaliser en usant d’une séquence de jeu qu’ils répéteront à plusieurs reprises tout au long du match, un long centre vers le second poteau, afin d’effectuer une remise en plein axe de la surface. Cette fois-ci, l’espagnol Oier est totalement seul et d’un coup de casque, catapulte le ballon dans les filets. Ce match nul à la mi-temps est d’ailleurs loin d’être immérité, les Chypriotes ayant réalisé une assez bonne première mi-temps, notamment dans le pressing effectué, empêchant nos joueurs de bien construire et de se trouver entre les lignes. Ils ont même à plusieurs reprises réussi à combiner et laissé entrevoir une qualité technique certaine. Comme la plupart des matchs de Coupe d’Europe pour le Stade Rennais, ce match ne sera donc pas une promenade de santé. Et la seconde mi-temps ne peut que le confirmer…

Arthur Theate ne manque pas de nous remercier à plusieurs reprises d’avoir fait ce long voyage pour les soutenir, laissant à nouveau entrevoir des qualités humaines certaines comme ce fut déjà le cas à plusieurs reprises depuis son arrivée. 

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’on s’est plutôt ennuyé ferme lors de ce deuxième acte, avec assez peu d’occasions à se mettre sous la dent. Un sentiment général de manque d’énergie, un manque d’idées assez criant par moments et un match nul qui semble de plus en plus inévitable au fur et à mesure que l’horloge tourne. Le parcage entier semble convaincu que les deux équipes se quitteront sur ce score de parité. Kamaldeen Sulemana, le petit prince ghanéen hérite du ballon sur le côté gauche. Il accélère et dépose son vis-à-vis puis adresse un centre au second poteau. Tiens, Lorenz Assignon est monté et arrive à toute vitesse dans la surface. Ces quelques secondes entre le débordement de Sulemana, le ballon en l’air lors du centre, l’arabesque d’Assignon, puis les filets qui tremblent suspendent le temps et le sentiment premier d’incrédulité laisse la place à une explosion de joie de supporters libérés. Tout connaisseur et passionné de ce sport sait que toute situation peut être renversée à n’importe quel instant d’un match, mais parvient tout de même à être continuellement surpris lorsque cela arrive alors qu’il n’y croyait plus. La magie du football a encore frappé en cette douce soirée de septembre dans l’entrave de l’AEK Larnaca

Le coup de sifflet final intervient et les joueurs peuvent désormais célébrer avec ceux qui ont parcouru plus de 3000 km pour les voir jouer. Le traditionnel clapping est mené par le héros du soir et la communion est savoureuse. La disposition de ce parcage et le nombre peu élevé de fans présents rendent la communication avec les joueurs plus facile et très appréciable, car finalement assez rare. L’autre buteur du soir, Arthur Theate, ne manque pas de nous remercier à plusieurs reprises d’avoir fait ce long voyage pour les soutenir laissant à nouveau entrevoir des qualités humaines certaines comme ce fut déjà le cas à plusieurs reprises depuis son arrivée, que ce soit en interview, sur le terrain ou même en dehors du cadre professionnel. 

Décrassage pour les remplaçants non entrés en jeu + pour le buteur du soir

21h43. Ne restent plus que sur la pelouse Olivier Sorin, un membre du staff, Noah Françoise, Guela Doué, Christopher Wooh et Assignon qui se livrent à l’exercice habituel de décrassage. Nous sommes invités à déserter les gradins par les stadiers. Un dernier regard sur cet AEK Arena vidée de ses supporters, un sentiment de plénitude et les trois points ramenés dans la besace, ça y est, nous pouvons quitter les lieux sereinement. 

Jeudi 08/09/22, 21h45 : Après match et journée du vendredi  

La victoire entérinée, la soirée va forcément être bonne, l’objectif étant désormais de trouver un endroit où manger. Ce sera un restaurant japonais au pied de mon logement d’un soir, où je débarque toujours vêtu de ma tenue de gala composée de mon short de bain et de mon maillot rouge. Je ne passe pas inaperçu dans ce qui se trouve être un lieu plutôt chic, en atteste les tenues du personnel, le look sophistiqué des clients et la décoration épurée. Les tarifs sur la carte que l’on me tend le confirment aussi. Mais un écran diffusant la suite de la soirée d’Europa League avec un alléchant Manchester United – Real Sociedad me fait de l’œil et je m’installe. Et parce que n’étant jamais rassasié, je décide de regarder un deuxième match sur mon téléphone, notre rival et voisin nantais face aux grecs de l’Olympiakos. Leur victoire n’entache aucunement mon plaisir de cette journée réussie et je m’en vais de ce pas rejoindre les bras de Morphée. Demain après-midi, c’est le retour en France. Avec un vol à 16h, une nuit de sommeil à rattraper et une ville de Larnaca dont on fait très vite le tour, la journée du vendredi s’annonce relativement calme. Après un repos bien mérité, je quitte le Airbnb vers 13h et me dirige sur le front de mer pour déjeuner. Adepte de la nourriture méditerranéenne, je me laisse tenter par une salade estivale et une assiette de tarama, toujours accompagné de pain pita. 

Le ventre bien rempli, direction l’aéroport où un vol direct cette fois-ci m’attend, mais avec un atterrissage prévu à Beauvais vers 20h30. La dernière étape du voyage sera donc la navette vers Paris, l’esprit déjà tourné vers la rencontre de dimanche face à Auxerre, où je serai bien présent. 

Légende photo : Dernier repas chypriote avant de rentrer en France 

Les déplacements, ça vous gagne !

La planification des voyages à Cracovie et à Istanbul me trotte déjà en tête.  

L’heure du bilan est arrivée. Parmi toutes ces expéditions, aucune ne se sont ressemblées, de par la diversité qu’elles ont pu revêtir. Que ce soit via la durée du séjour ou bien la « compo d’équipe ». Pour le baptême à Séville, j’étais avec une bande de potes pendant 2 jours, à Arsenal, arrivée l’après-midi du match où je rejoins un ami et départ dans la nuit qui suit, à Rome même pas 24h chrono avec deux amis peu habitués aux déplacements dont un caennais sympathisant du SRFC. Puis presque 3 jours à Cluj accompagné de deux compères, Glasgow un peu plus d’une journée en passant d’abord par Edinburgh et rejoignant ensuite une bande d’amis. Arnhem toujours avec plusieurs amis et simplement pour la journée, déplacement en solitaire pour Maribor afin d’y affronter Mura et enfin Leicester, là encore tout seul mais profitant de 2 jours à Londres avant et après le match face aux Foxes. À chaque fois, un plaisir incommensurable.  

En ce qui concerne les prochains déplacements cette année, la planification des voyages à Cracovie et à Istanbul pour y affronter nos deux autres adversaires, le Dynamo Kiev et Fenerbahçe, me trotte déjà en tête. Reste à savoir si des compagnons de voyage se joindront à moi cette fois-ci ou non. Mais ce qui est certain, c’est que seul ou bien accompagné, un déplacement européen réserve toujours son lot de surprises et forge des souvenirs, au fer rouge.  

Clément Dumeyniou

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